Qui es-tu, Danny Morissette ?

Nous partons à la rencontre de nos deux danseurs pour parler de leur parcours, de leur conception de la danse et de leurs ambitions. Premier interrogé, Danny Morissette !


Qu’est-ce qui t’a amené à pratiquer la danse ?

Dans ma jeunesse j’étais sportif, j’avais un grand besoin de bouger, de faire des activités physiques, et en même temps j’étais proche de mes émotions, on me qualifiait souvent d’émotif. Quand j’ai découvert le break dance, j’ai découvert en même temps un sentiment de communauté avec les autres danseurs, et une manière de m’exprimer et de combiner mon côté sportif et émotif. On peut dire que le Break m’a fait grandir comme personne. Au fil du temps, j’ai découvert d’autres styles de danse, et puis j’ai eu un coup de cœur pour le contemporain. Je trouvais que ça permettait d’être dans la physicalité, les sentiments, le senti, de laisser le corps parler. J’étais aussi timide, et la danse m’a permis de développer mon identité, et de trouver qui je suis. La danse fait partie de moi.


Quand as-tu su que c’était ton métier ?

Vers mes 15 ou 16 ans, dans les premiers solos que j’ai dansés sur scène, quelque chose s’est débloqué dans mon aisance scénique, et ce que j’ai vécu en représentation a révélé une certitude. J’ai su que je voulais vivre ça encore et encore, ces moments de grâce, et en faire ma carrière.


Quelles écoles as-tu faites par la suite ?

Juste après mon secondaire, j’ai fait une formation danse et science dans un double DEC à Drummondville. Ensuite j’ai intégré l’École de danse Contemporaine de Montréal.


Tu parles d’une double formation, c’est que tu envisageais aussi un autre métier ?

Je savais que la danse était le métier que je voulais faire, mais en parallèle je voulais avoir une sécurité. La médecine m’intéressait, ou l’ingénierie du mouvement mécanique. Plus j’avançais, plus je me rendais compte que c’était le mouvement qui m’intéressait. Créer du mouvement, que ce soit mécanique, robotique, ou bien avec mon corps.


Comment conçois-tu le métier de danseur ? Qu’est-ce qui fait pour toi un bon

danseur, au-delà de la technique ?

Ma vision a changé dernièrement. Être un bon danseur ne se limite pas à ce qu’on fait sur scène. Il faut être une bonne personne, qui veut donner. C’est une réflexion que j’ai en ce moment. Un bon danseur est capable d’écoute, de dialogue, d’analyser ce qui l’entoure et l’intégrer dans sa danse par la suite. J’aime beaucoup parler d’émetteur et récepteur. Un danseur doit pouvoir recevoir les stimuli, recevoir la réaction des gens, connaître le monde dans lequel il vit aussi et y être sensible.


Est-ce que tu es plutôt interprétation d’un rôle ou expression d’une idée/sentiment ? Ou tu ne conçois pas de différence entre les deux ?

J’essaye d’être polyvalent et de ne pas me catégoriser, je veux être capable d’interpréter autant un personnage qu’une émotion, un souvenir. Au début d’une création, j’essaye d’être une page blanche pour me permettre de tout faire. Quoiqu’il se passe, mon chemin est du corporel vers le cérébral. Pour un personnage par exemple, je commence par une imitation, qui va ensuite s’imbiber dans ma danse. Je vais réfléchir au thème ou au personnage et traduire ça dans le corps, et laisser la corporalité prendre les rênes.


Quels sont tes 3 chorégraphes préférés ?

Pina Bausch, le travail de Ohad Naharin au Batsheva, et Anne Teresa De Keersmaeker. Trois grands noms, mais c’est parce qu’ils ont apporté beaucoup à la danse.


Que représente La question des fleurs pour toi en tant qu’interprète et en tant que personne qui évolue dans une carrière ?

La question des fleurs est un point tournant dans ma carrière. Ça a été mon premier gros contrat en tant que pigiste. C’est comme une redécouverte de la danse, cet échange avec plusieurs chorégraphes. Et justement, c’est un travail dans l’échange, pas seulement dans le but de l’approfondissement d’une esthétique précise, mais dans un but humain, de partage, de communauté. Ce moment de pandémie m’a ouvert à la communauté de la danse, j’ai un grand respect envers cette communauté, qui est aujourd'hui très limitée dans sa pratique. J’ai aussi une énorme reconnaissance de pouvoir danser dans l’un des seuls spectacles qui peut jouer en ce moment. C’est un très gros cadeau qui m’a été fait avec ce projet, et qui me permet de clarifier mon esthétique et me définir en tant qu’interprète.


Justement, comment te vois-tu comme danseur ? Qui est Danny en scène ? Qu’est-ce qui fait dire au spectateur « C’est bien Danny ça ! » ?

Peut-être un danseur athlétique, connecté avec le ressenti. J’essaye d’avoir un mouvement qui vient de l’intérieur et qui explose dans l’espace, de bouger dans la fluidité, mais avec beaucoup d’accents, qui viennent du torse, un mouvement qui mobilise la colonne. C’est très technique comme description, mais c’est peut-être comme ça qu’on peut me reconnaître.


Même question maintenant, mais pour Daphnée. Qui est-elle comme danseuse ?

C’est une travailleuse. Elle prend une demande chorégraphique et elle la travaille jusqu’à ce qu’elle arrive au résultat voulu. On la reconnaît dans son investissement. Elle ne se questionne pas sur comment elle est dans la danse. Elle va juste se plonger dans le travail, et c’est cet investissement qui va la définir comme interprète.


Quel autre métier te vois-tu faire dans le futur ? Ou, te vois-tu danser toute ta vie ?

C’est une grande question qui s’est beaucoup posée cette dernière année. Je me dirige de plus en plus vers la chorégraphie, et avoir pu échanger avec les quatre chorégraphes de La question des fleurs a nourri ce désir. Je souhaite créer des rencontres créatives avec d’autres personnes, j’ai aussi envie de créer avec le milieu de la musique, du cirque, du théâtre. Je commence d’ailleurs à travailler sur un projet en collaboration avec un autre danseur et un compositeur, et tous nos échanges sont très riches, on se suit dans nos idées, on se pousse à aller plus loin. On n’a pas défini une forme fixe de spectacle de danse, on mélange les médiums.



Vidéo réalisée par Guillaume Guardia pour l'EDCM - janvier 2020.

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