La question des questions

Pour leur deuxième réunion avec les danseurs, les chorégraphes ont prévu des questions. Qu’est-ce qui est laid pour toi ? Qu’est-ce qui est beau pour toi ? Qu’est-ce qui est féminin pour toi ? Qu’est-ce qui est masculin pour toi ? Quelles tensions te font peur (personnellement et dans la société) ? Qu’est-ce qui est urgent dans ta vie ? Qu’est-ce qui est en jeu pour toi en tant qu’humain ?


Les danseurs attaquent : qu’est-ce que la laideur ? Pour eux, c’est peut-être la méchanceté, la saleté, une certaine attitude du corps. Ce qui est beau, c’est la lumière, la fluidité, la verticalité. On ressent dans leurs réponses que leur moyen d’expression est avant tout corporel, que le monde se dévoile à eux sous le prisme du mouvement. Pour ce qui est du féminin et du masculin, Danny insiste : le masculin et le féminin sont distincts de la notion de genre, homme ou femme, et ces notions sont un spectre qu’il a appris à naviguer en tant qu’homme et artiste. La fleur en est une parfaite métaphore et représentation : le masculin, d’après les danseurs, c’est ce qu’il y a sous terre, robuste et rationnel ; le féminin c’est ce qui émerge, doux et réparateur. De leurs réponses on retire aussi la complémentarité des éléments : le beau n’existe pas sans le laid, le masculin sans le féminin, car ils se complètent et s’harmonisent.


Avec la question des tensions personnelles et sociétales, Daphnée et Danny changent de ton, ce dont ils ont peur est le confort, la fermeture d’esprit. Savoir qu’on vit dans une boîte et se contenter de cette boîte, continuer de faire ce que nos parents et grands-parents ont fait, ne pas vouloir évoluer. La crise climatique, l’actuelle pandémie, le besoin de l’amplification du mouvement Black Lives Matter indiquent bien qu’il faut sortir de son confort et agir, note Daphnée.


Les danseurs retournent ensuite les questions aux chorégraphes : qu’est-ce qui est urgent dans leur vie ? Pour Ismaël, c’est le rapport à la création qui est urgent. L’humain passe un temps défini sur terre, et le danseur ne pratique son art que pour une petite partie de ce temps. Il est urgent de danser, car le temps fuit. Et le temps est quelque chose que tous voient différemment aujourd’hui. Après quelques mois à la temporalité suspendue, les plannings, les dates, les horaires sont quelque chose qui leur est devenu étranger. Andrea ne se sent pas prête à retourner à une avancée classique et concrète, elle veut plus de temps pour avancer dans ses réflexions avant de commencer à travailler le geste.


Une nouvelle question est posée : celle de l’organisation ! D’un commun accord, les quatre chorégraphes choisissent d’être le répétiteur des autres, pour tisser davantage les liens entre leurs œuvres, leur connaissance des autres, et préserver encore un moment le spectacle d’un cinquième œil.


Il est maintenant temps de créer !





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